UN VILLAGE ABATTOIR

Février : Un village abattoir.
Avez-vous déjà vu un village entier se transformer en abattoir?  C’était le cas de mon village,  pendant les semaines de février.  La tradition était liée au style de vie séculaire des paysans.  Après avoir été au service de seigneurs qui ont possédé les terres pendant des siècles, ces agriculteurs ont enfin obtenu, pendant les deux derniers siècles, le droit d’acquérir et de posséder des terres, d’être propriétaires.  L’économie étant pendant des décennies une économie fermée, les paysans ont donc développé leurs propres moyens de subsistance.
                                                                            

C’est ainsi que pour accéder aux protéines pendant plusieurs mois de l’année, les paysans faisaient  l’élevage des cochons dans les familles.  Rares étaient les paysans qui ne tuaient pas le cochon en février.  Et pour faciliter la tâche, les voisins s’entraidaient pendant quelques jours.  Les hommes, eux, avaient la tâche d’abattre l’animal, les femmes, elles, apprêtaient la viande de différentes manières pour qu’on puisse la garder longtemps (prosciutto, salcicce, testa di maiale,
fegatino, etc.).

Pendant ce mois de février, je m’en donnais à coeur joie.  Dès qu’un un voisin faisait boucherie, j’étais là.  J’assistais au rituel avec plaisir et surtout je ne manquais pas le repas préparé à base d’abats ou de sang de la bête (sanguinaccio) - quelles délices, croyez-moi! - dans une atmosphère d’une convivialité que seulement des paysans généreux de nature sont capables d’exprimer.