UNE PERLE CACHÉE

C’était la fin du XIX siècle (1899), quand ma mère vit le jour.  L’Italie venait à peine d’être unifiée (1867).  Politiquement et socialement, le pays, divisé depuis des millénaires, vivait
toutes les incertitudes d’une unification réalisée politiquement et militairement , mais pas nécessairement socialement.

À Casacalenda, lieu où vit le jour ma mère, une petite minorité seulement était consciente des changements profonds que subissait la péninsule.  Les simples citoyens comme mes grands-parents maternels, se battaient pour affronter le quotidien et ils vaquaient fidèlement à leurs occupations. C’est le printemps (11 avril) qui accueillit ma mère avec ses splendeurs florales; mais aussi par des parents heureux et trois autres bambins (Nicolino, Maddalena et
Giovanni) qui remplissaient déjà de leur présence le nid familial. À vrai dire, les enfants étaient l’unique richesse des parents. 

L’amour seul leur donnait le courage de former une famille, car en réalité ni les propriétés , ni d’autres avoirs, ni les revenus de leurs métiers, ne pouvaient suffire à les motiver à la procréation. Je ne connais pas de faits précis sur l’enfance de ma mère ( que c’est malheureux!), et je dois me contenter de déductions en analysant certains comportement généraux. La première se base sur les comportements que les gens de ma région ont envers les enfants. 
Les parents et les adultes en général, adorent les enfants, ils les gâtent, ils se privent pour eux.  Je crois donc que ma mère, dans sa tendre enfance, fut gâtée par ses parents et
par ses frères et  s o e u r s  .  Je fais ma deuxième déduction en essayant de me souvenir des sentiments que ma mère nourrissait envers ses parents.  Or, en autant que je puisse me souvenir, ma mère n’a jamais fait de commentaires négatifs sur ses
parents concernant la période de son enfance.  C’est ainsi que j’imagine ma mère vivre son enfance dans une famille où régnaient la simplicité, l’esprit de courage et surtout l’amour.

Au fur et mesure qu’elle grandissait, ma mère fut, de manière toute naturelle, préparée à son rôle de femme.   Dans une société traditionnelle et fermée comme celle du Molise, au début du siècle, les rôles étaient bien définis.  Une femme, en général, devait être formée à prendre soin de l’homme, des enfants et de la maison.  Mais en plus, elle devait être préparée à se dépasser pour ainsi aider la famille ou son mari dans les travaux extérieurs.

Mes grands-parents eurent au moins le souci d’ajouterà cette formation personnelle une scolarisation de base. À l’âge adulte, ma mère éprouvait beaucoup de reconnaissante envers ses parents pour lui avoir donné la chance de fréquenter les cinq années de l’élémentaire.
Je me souviens combien ma mère était fière quand des amies lui demandaient d’écrire à leur place des lettres à leur maris partis aux champs de bataille ou gagner leur pain en Amérique.
Je me souviens aussi quand, à l’occasion de mariages, ma mère préparait un poème qu’un enfant de la famille de la mariée devait lire pour les mariés pendant le repas des noces.  Eh oui ! Ce petit bout de femme, peu instruite, avait de  l’imagination à revendre !