SOUS LES BOMBES

1942 : Sous les bombes.

Une nuit, en pleine campagne , au bord du fleuve Biferno, je fus témoin du retrait des forces allemandes de mon village.  Le sommeil était difficile; j'entendais les motorisés et les chars d'assaut  traverser le pont sur le fleuve pour aller créer une ligne de résistance plus au nord.  Tout à coup, il y eut une très grande déflagration. Les Allemands, après avoir fait traverser le dernier char d'assaut, firent sauter le pont.

Nous regagnâmes vite le village en pensant tous que les Allemands étaient partis.  À notre retour au village, nous nous aperçûmes que l'état-major était encore là, ainsi qu'un certain
nombre des troupes d'arrière-garde.  Le jour même, les bombes alliées se mirent à pleuvoir sur la village et sur les troupes en fuite au nord du fleuve. Il n'y avait pas d'autres solutions que de se cacher dans un endroit sûr.  Avec plusieurs autres familles, nous nous retrouvâmes dans une cave souterraine sur laquelle était bâtie une maison voisine de la nôtre.  Pendant deux semaines ce fut l'enfer : les bombes passaient au-dessus de nos têtes avec un sifflement effrayant.   Parfois, elles explosaient tout proche, parfois loin de nous, mais à chacune d'elles les femmes criaient, les enfants pleuraient.  Nous fûmes tenaillés
par la faim et la soif et épuisés par le manque de sommeil.  Après les coups de canons, se furent le bruit des rafales de mitrailleuses et d'armes à courte portée. 

Nous comprenions maintenant que la lutte se faisait dans les bois et dans les champs.  Nous savions que nos sauveurs étaient proches.