QUELLE AMÉRIQUE !

Mon cher père avait l’expérience de l’Amérique du Sud  (Brésil,Argentine) qu’il avait connue enfant et pendant sa vingtaine.  Mais il n’avait aucune idée ce qui l ’attendait au Canada.  Il avait à peine mis le pied sur cette terre, qu’il répétait : « Ah, si je pouvais repartir!» 
Et cette phrase voulait tout dire.  Il devait avoir un grand flair ce cher père!  Bien sûr, après une traversée inhumaine de l’Atlantique nord,il fut saisi par le climat inhospitalier de ce pays.  Mais ce qui l’affecta le plus ce furent l’hostilité sociale et  l’exploitation auxquelles il eut à faire face.

L’hostilité des Québequois vis-à-vis des immigrants italiens fut très forte pendant les années 1950 -1970.  Les Italiens étaient accusés de tous les maux : on acceptait très mal leur culture en général; on riait de leurs traditions;  on critiquait leur esprit grégaire et leurs liens familiaux; on critiquait surtout leur acharnement face au travail et en  particulier leur ambition ; on les disait voleurs de jobs; on ricanait sur leur habitudes alimentaires
et vestimentaires; on les traitait presque d’incultes.

Vraiment, le peuple était sans merci dans ses jugements envers ces nouveaux arrivés de la péninsule italienne. Pendant ces années-là, les Italiens n’avaient pas de place  dans la
société québécoise.  Le gouvernement qui  bénéficiait de l’apport économique dû à leur rendement au travail, les oublia complètement ou presque.  À leur  arrivée, ces pauvres immigrants ne recevaient aucune assistance  financière ou humanitaire.  Le gouvernement était absolument  insouciant de les intégrer socialement et culturellement et cela explique pourquoi les Italiens se sont tournés vers les Anglais et la langue anglaise.....!

Les seuls refuges pour ces immigrants furent les familles italiennes en place et les églises.   Mon père ressentit tout cela et pire encore.  Oui, pire encore!  Sur les lieux de travail, il fut traité comme un esclave. Son patron, des années durant,  n’eut pas un seul sentiment
d’appréciation, pas un seul geste d’humanité.   Mon pauvre père n’avait pas le droit de compter ses heures, ni de réclamer  une augmentation de salaire, ni de réclamer un peu de chauffage sur les lieux de travail. Ç’aurait été le renvoi  immédiat!!!