L'IRLANDE

L’Irlande : La Verte et la Rouge.

 Nous arrivions des Alpes Italiennes où nous avions passé une quinzaine de jours splendides et l’île d’Irlande nous accueilit, au coucher du soleil, par quelques averses éparses, une pluie  chaude, le baptême de tous les touristes qui veulent l’apprécier.

La Verte

C’était au mois d’août, mais quel contraste avec les autres pays de l’Europe, en cette période. En Irlande, tout est vert…  Mais quels verts! Des plus foncés aux plus tendres, seul l’œil d’un artiste avisé peut les rendre fidèlement.  Le printemps s’installe en Irlande pour 12 mois, grâce aux pluies fréquentes et le soleil qui n’est jamais agressant.  Nos déplacements dans Dublin et dans les régions su Sud est, de Cork, du Bas Shanon et du Centre, nous ont fascinés par leurs couleurs vertes, jamais pareilles.   La ville de Dublin affiche partout de la verdure, rehaussée par des fleurs.   Que l’on se promène le long du fleuve Liffey ou des canaux (Grand Canal, Royal Canal), que l’on visite Trinity College, St. Patrick Church, le Musée National, le Château de Dublin, le Musée des Écrivains, on longe et on traverse des parcs, sans compter l’interminable Phoenix Park et l’incomparable jardin botanique.

Notre émerveillement fut encore plus grand lors des visites à l’extérieur de Dublin.  Dans le village de Malahide,  le vert tendre des îles se reflétait sur les eaux de la mer d’Irlande.   Le jour de l’excursion à Newgrange, site préhistorique par excellence, on put admirer les douces collines baignées par la Boyle qui atténuaient par leur paysage bucolique le souvenir d’une terrible tragédie : la bataille de 1690 entre catholiques et protestants qui fit passer l’Irlande à ces derniers. Parfois, la main de l’homme vient rehausser la beauté de la nature.  C’est le cas à Powers Court, résidence princière du XVIII siècle, où l’on est fasciné et par les jardins style Renaissance et par le mont Great Sugar Loaf qui révèle sa nudité à peine voilée sous son habit vert transparent.  

Mais le vert devient couleur majestueuse quand on se transporte aux sommets vertigineux ( 200 m) des Cliffs de Moher (Bas Shanon), là où l’eau, le vent et les vagues de l’Atlantique ont sculpté sur 8 km des falaises de grès et de schiste noir. 
C’est d’une beauté tout simplement à faire pleurer!

La Rouge

Tout comme vous, peut- être, je connaissais peu l’histoire de cette Île.  C’est en me préparant au voyage et surtout sur les lieux-mêmes que j’ai découvert la tragédie qui s’est abattue pendant des siècles sur l’Irlande et sur son peuple.   Passons sur la période préhistorique (4000 a. c.) que l’on commence à peine à découvrir.  Déjà les Celtes qui habitaient l’île étaient des peuples belliqueux.   Convertis au christianisme (en 432 par saint Patrick) les nombreux rois de l’île se déchirèrent pour s’assurer la plus grande partie du territoire.   Entre le Ve et le IXe siècle, l’île a joui d’une paix relative grâce à la présence des monastères chrétiens.   Mais  l’arrivée des Vikings coïncide avec le massacre des moines et des chrétiens.   Les nouveaux
venus firent reculer la civilisation de plusieurs siècles.

Mais le coup de semonce qui détruisit et soumit l’Irlande fut donné par les Anglo-Normands d’abord (1619) et l’Angleterre d’Henry VIII ensuite (1690).  Les Anglais protestants affrontèrent les Irlandais catholiques de souche : ce fut le désastre et l’esclavage!  Les terres furent confisquées et données aux protestants écossais et anglais.   Mais surtout, les lois furent tellement répressives que les Irlandais perdirent toute liberté.  En 1825, la famine se mit de la partie : plus d’un million d’Irlandais moururent ou durent émigrer.   C’est seulement après la famine que les Irlandais décidèrent de retrouver leur autonomie.   Des luttes sanglantes s’en suivirent quand finalement, en 1937, le sud devint l ’État libre d’Irlande et l’Irlande du Nord resta
attachée au Royaume-Uni.  Le reste de l’histoire contemporaine de l’Irlande, vous le connaissez.  La lutte continue. Et il faut être en Irlande quelques semaines pour vivre la présence des tensions.

Oui, l’Irlande est aussi rouge, à cause de sa tragique histoire.  Quand on visite le pays, les traces des guerres évoquent les tragédies du passé.  Nous avons visité des églises détruites ou volées aux catholiques ( à Dublin, à Cork, à Waterford), nous avons vu les monastères et les cimetières détruits et profanés  par les protestants (Glengalogh, Howrth) le long des routes de l’Irlande.

Aujourd’hui, il y a un espoir que la paix s’établisse entre les deux Irlandes, entre les catholiques et les protestants.   Et le fait que maintenant elle fasse partie de l’Union Européenne facilitera, peut-être, le retour à la paix.
Nous sommes revenus de ce voyage heureux d’avoir connu ce pays qui nous rappelle que si l’harmonie de la nature est une chose acquise, celle des hommes est toujours à reconstruire.