L'INTÉGRATION

WebClothes.com Great Clothes for Great Kids

INTÉGRATION.

Je tenais, ne fût-ce que brièvement, à décrire ce que devaient être mes quatre années d’études à Ottawa.  Je me suis donc attelé à la tâche, d’autant plus que j’entreprenais mes cours trois mois en retard.  Il va sans dire que  dans cette transplantation, il y eut une
période d’adaptation et d’intégration.  Je ne parle pas d’adaptation et d’intégration à la vie civile, puisque je n’avais aucun contact avec les  Canadiens, mais à la vie et à la culture de ma  nouvelle communauté.  Bien sûr, la Règle de l’ordre des Capucins était la même pour tous dans le monde entier, mais la manière de la vivre pouvait varier, selon les différents
milieux culturels.  Les Capucins canadiens étaient d’une plus grande rigueur dans la pratique de leur vie religieuse.

J’ai vite pu m’en faire une idée en voyant comment ils pratiquaient les voeux d’obéissance et de pauvreté.  J’ai pu aussi observer avec quelle austérité ils vivaient leur quotidien.  J’ai surtout remarqué combien ils étaient engagés individuellement à la recherche de la vie ascétique.  Après un certain temps, je me suis fait à ce nouveau style d’austérité qui me rappelait un peu mon noviciat.  Ce fut plus difficile pour moi, par contre, d’accepter la
rigidité avec laquelle les membres de la communauté manifestaient leur personnalité dans les relations humaines.  Moi, j’arrivais avec ma personnalité de méditerranéen, même si j’étais un religieux. Pour nous, Italiens, le mime, le geste, la parole, accompagnent
largement les émotions, de sorte que nos comportements sont pleins de chaleur et ils débordent parfois.  C’était le contraire chez mes confrères canadiens; je les trouvais d’une froideur incroyable !  Avec le temps, j’ai compris d’où provenait cette froideur (elle faisait
partie de l’éducation séculaire dans les familles, de leur isolement, et de l’influence janséniste du clergé), mais personnellement,  je n’ai jamais pu m’y habituer et j’ai essayé de rester moi-même.

Un autre élément d’intégration a été au niveau culturel.  Sur ce point, (à la différence d’autres immigrants arrivés au pays) j’ai été privilégié et mes confrères m’ont été d’un grand support. Après quelques mois, au fur et mesure que mon français s’améliorait, j’ai pu accéder à la lecture de l’histoire et de la littérature canadienne française.  J’ai adoré lire Lionel Groulx (Notre maître le Passé), les poésies de Félix Leclerc, Maria Chapdelaine,
et d’autres.