L'EXPLORATION

L’EXPLORATION DE MON TERRITOIRE.

L’exploration du territoire marba, bien que minuscule, ne fut pas l’affaire de quelques semaines, mais plutôt de plusieurs mois, car il n’était pas question pour moi d’en connaître seulement les limites géographiques, mais aussi  les villages, les gens et les moeurs de la tribu marba.
Géographiquement,  le territoire s’étendait sur une cinquantaine de kilomètres, de l’est à l’ouest et autant du nord au sud.  La route Pala, Kelo, Lai délimitait le territoire au sud, le fleuve Logone délimitait le territoire à l’est et le territoire de Pala le délimitait à l’ouest.  Le territoire était à l’image de la zone sahélienne africaine, avec le seul avantage  qu’il pouvait profiter des inondations du  Logone pendant la saison des pluies.  Des pistes sablonneuses séculaires parcouraient le secteur dans tous les sens, facilitant ainsi la communication entre les hameaux.  Bien sûr, les choses étaient différentes au temps des inondations quand la boue (potopot) rendait les routes presque impraticables. 

Pendant les huit mois de la saison sèche, les habitants pouvaient cultiver le coton (culture introduite par les Français), tandis que pendant la mousson, ils pouvaient s’adonner à la culture céréalière, surtout le riz.  Vous comprenez que si, pendant la saison pluvieuse,  le Logone ne débordait pas, c’était la famine.
Une population de 50 400 habitants était éparpillée dans 150 villages et hameaux, les uns rapprochés des autres par quelques kilomètres à peine.  Cette tribu était repliée sur son territoire depuis des siècles, en gardant jalousement sa langue et ses coutumes et ne frayant avec les Nanchere, les Lele, les Ngambay et les Mesme qu’à l’occasion des marchés
de brousse. 

Politiquement parlant, depuis que les gouvernements avaient essayé de créer une certaine unité dans le pays, le territoire marba était divisé en deux districts, celui de Kolon et celui de Bachoro.  En créant ainsi des districts, le gouvernement avait su respecter les
chefferies locales, détentrices du pouvoir local qui leur était accordé depuis toujours par la tribu.  Du point de vue politique, je me souviens que ce ne fut pas chose facile que de choisir l’endroit où j ’établirais ma mission, car les deux chefferies auraient voulu avoir l ’honneur de ma présence dans leur district.  Finalement, une raison pratique l’emporta dans le choix et ce fut Bachoro, plus central par apport aux villages de toute la tribu.

Pendant les deux premières années, j’ai parcouru ce territoire dans tous les sens dans le but de me faire connaître et de créer des liens qui devaient être utiles à ma mission d’évangélisation.  J’allais saluer les chefs, je parlais aux gens qui s’attroupaient autour de moi. Je leur suggérai de se trouver une personne ressource qui puisse organiser avec eux un poste de catéchèse et je les encourageai à se bâtir une chapelle dès qu’ils se sentiraient prêts à commencer l’enseignement du catéchisme. Je rencontrais même parfois leur sorcier « same agguna » ou leur féticheur  « sama buha » pour m’attirer leur sympathie.  En un mot, les deux premières années furent pour moi des années d’intégration et de défrichage..