ll

LA PASSION

Mon père découvrit l’Amour de sa vie, dans le village voisin du sien, Casacalenda (13km), probablement  ( ma mémoire fait défaut) à l’occasion d’une foire foraine ou d’une fête religieuse ou encore lors de déplacements pour travailler chez des agriculteurs de l’endroit.
Ce que je sais, c’est que mon père se déplaçait très souvent à pied et dévalait les collines entre les deux villages pour rencontrer sa bien-aimée.  Que de fois il se présentait chez elle le soir, s’entretenait avec elle et repartait aux petites heures du matin vers Larino.

Il m’a raconté qu’il avait souvent dormi la nuit au bord de la route ou dans les champs de blé pour être de retour à temps pour commencer sa journée de travail.  Les fréquentations ne durèrent pas longtemps, puisqu’en 1920 il maria ma mère.  Bien sûr, son père était contre ce mariage. Les raisons?  Ah !  Sa future femme n’était  pas de Larino ! Elle n’était pas non plus de la même classe sociale (sa propre famille ne possédait même pas un lopin de terre ! );  il désirait pour son fils une femme dont la famille aurait le même statut social qu’il prétendait  avoir (il se gonflait d’orgueil,  mon grand-père paternel !).  La cérémonie fut d’une très grande sobriété; elle se fit le matin de bonne heure, en présence du curé et de deux témoins.  Le jeune couple avait comme seule richesse l’amour!..... Deux jours après le mariage, mon père voulut - il fit un bel effort, le pauvre !- partager sa joie avec sa famille et en  particulier avec
son père.  Mais ce fut l’échec!  Vers la fin de l’après-midi, il se présenta chez son père.  La porte de la maison était barricadée et resta fermée tout le reste de la journée, de sorte que le jeune couple dut trouver refuge chez des amis.  Ce fut la mort d’un amour filial... la fin de la relation entre ce fils et son père.  Le fils ne se réconcilia jamais avec son père.  Quand, adulte, j’essayais de connaître le passé de mon  père, il me parlait de son père brièvement, avec froideur : il y avait de la haine dans son coeur ; certainement parce qu ’il ne s’était jamais senti aimé.