L'AMÉRIQUE DU NORD

La guerre avait créé la prospérité en Amérique du nord (!) .  Les gouvernements ont vite compris alors qu’il ne fallait pas arrêter cette machine.   Au contraire, il fallait, à partir

de la structure industrielle créée pour la guerre,  développer une économie de consommation au profit des Nord-Américains.  De là naquit l’idée d’ouvrir l’Amérique  aux Européens, lesquels pourraient apporter un nouveau savoir et de nouvelles énergies sur ce continent.  

C’est vers la fin des années quarante qu’un mouvement  migratoire se mit en branle dans le Molise et dans mon village.  Les femmes qui avaient déjà leurs maris en Amérique, émigrés
avant la guerre, partirent les premières avec leurs familles.   Suivirent  immédiatement les familles qui avaient des frères, des soeurs, des oncles, des tantes,  des cousins sur ce continent.   Dans mon village, les agriculteurs, les commerçants, les  simples ouvriers, et même  quelques intellectuels,  vendaient tout et, avec des bagages improvisés, se dirigeaient vers les ports de mer d’Europe pour  atteindre, deux semaines plus tard, l’Amérique du nord. 

Mon père, simple ouvrier, chômeur, riche de la seule  force de ses bras, décida
(à contre-coeur cette fois-ci,  probablement fatigué de migrer, marqué par la guerre et le camp de concentration) de partir lui aussi avec sa famille vers le Canada où l’attendait la famille de sa femme, au pays depuis les années vingt.