AUPRÈS DES CHOMEURS

En 1971, pendant ma période de recherche intensive d’emplois, j’avais déposé une demande auprès du Ministère de la Main d’Oeuvre et Immigration du Canada.  On était maintenant en 1973, et depuis un an et demi j’oeuvrais à Pointe-Saint-Charles, quand, au mois de février 1973, je reçus une lettre d’Emploi et Immigration Canada (ô surprise!)  donnant suite à ma demande
d’emploi et m’offrant un poste de Conseiller en Main d ’Oeuvre à un Centre du Montréal métropolitain.  J’étais content que cela m’arrive, même si j’étais heureux là où j’étais et je me souviens de ne pas avoir hésité un moment, car cette offre me permettait un bond dans ma carrière.

Main d’Oeuvre et Immigration Canada avait la responsabilité d’aider financièrement les travailleurs canadiens en chômage, de retourner ces chômeurs au travail en leur fournissant les ressources nécessaires et enfin, d’accepter les immigrants au pays.  Dans mon cas, Emploi Canada m’offrait un poste de Conseiller pour m’occuper des travailleurs à la recherche d’un emploi.  Le rôle du conseiller était de recevoir ces travailleurs, d’évaluer leurs connaissances et leurs expériences, d’évaluer leurs
aptitudes personnelles, pour les diriger ensuite vers les bons emplois ou les bonnes professions offerts par les employeurs de la région.
J’avais à ma disposition la liste des emplois, transmise par les industries aux Centres de Main d’Oeuvre et il fallait y diriger les bons candidats.  Pour permettre la rencontre de l’offre et de la demande, j’utilisais la technique du counseling.  En peu de temps, cette technique devint mon plaisir et mon point fort, de sorte que je réussissais aisément à rencontrer  les objectifs qui m’étaient assignés.  Ce travail,  naturellement, demandait un lien continu avec les employeurs, car il ne suffisait pas d’avoir trouvé un bon emploi à un travailleur, mais il fallait convaincre l’employeur d’accepter celui que je considérais le meilleur candidat pour son entreprise.  C’était le premier rôle d’un conseiller, mais il y en avait d’autres.  C’était aussi dans mes fonctions d’inciter les employeurs à soumettre à notre Centre les emplois disponibles; il fallait donc savoir convaincre les employeurs, sollicités de toute part dans ce domaine par les bureaux de placement privés, pour qu’ils nous informent des postes vacants dans leurs industries. J’avoue que ce rôle me réussissait très bien.  Je découvris vite que j’avais en main un grand pouvoir de conviction et je l’ai utilisé à fond.

Du reste, à cause de cette habileté, mes supérieurs, trois ans plus tard, me confièrent la tâche de rencontrer les employeurs à plein temps pour les convaincre de faire affaire avec la Main d’Oeuvre Fédérale.  Pendant les années qui suivirent,  j’ai nagé dans cette fonction comme un poisson dans l’eau.  D’une part, j’ai continué à développer mes habiletés de promoteur des programmes fédéraux auprès des employeurs, d’autre part, j’ai appris à connaître à fond la structure industrielle dans tous ses détails, ce qui devait me favoriser dans mon dernier emploi.  Les encouragements de mes supérieurs ont été ma meilleure récompense. 

Le premier rapport d’évaluation, après quelques mois de travail se lisait comme suit : « M. Franco a œuvré comme conseiller en Main d’Oeuvre, durant la période d’août à décembre ’74.  Il avait la responsabilité des secteurs de la machinerie, du textile, de l’imprimerie et de l’alimentation.  Sa productivité quantitative ne cessa d’augmenter pendant cette période; sa moyenne est passée de 15 à 20 placements par mois.  Par contre, nos avons cru déceler quelques lacunes au niveau de sa pré-sélection et de son ratio présentation /placements, ce qui pourra être corrigé en améliorant la qualité de son counseling et des annotations aux dossiers des clients.  Ses relations avec les employeurs se sont avérées excellentes et rentables.  De nombreux témoignages d’employeurs font foi de sa disponibilité et de son empressement à répondre à leurs besoins ».
Un autre rapport, d’avril 1975 à avril 1976, commentait mon travail ainsi : «  Monsieur Franco était affecté aux secteurs de la construction, du transport et de l’alimentation.  Il s’est  appliqué, face à ces secteurs industriels, à développer une approche afin d’améliorer ses connaissances de ses employeurs et de faciliter ainsi la rencontre de l’offre et de la demande.  M. Franco a le souci de ses clients et s’efforce de leur donner le meilleur service possible.  Il n’a pas peur d’entreprendre des démarches pour eux, etc.  Au moment de l’évaluation, nous croyons que Monsieur Franco possède les aptitudes nécessaires pour accéder au poste de superviseur ». 

 Et un peu plus tard, un autre superviseur commentait mon  travail de la manière suivante : « Monsieur Franco oeuvre comme conseiller aux services aux Employeurs, depuis avril 1976.  Nicola, dès son arrivée aux Services aux Employeurs a démontré beaucoup d’enthousiasme et de motivation dans son travail.  Il a participé à l’élaboration du programme
de visites aux employeurs et aux objectifs du SMOCE (Service de Main d’Oeuvre du Canada aux Employeurs).  Il a oeuvré danstoutes les activités que comporte son poste de conseiller aux employeurs : kiosques, journées de séminaire de gestion, journées d’information aux employeurs, annonces publicitaires, lettres aux employeurs, etc. Il a toujours fait son travail de façon  professionnelle.  Nous n’avons jamais eu de plainte à son sujet de la part des employeurs. Durant la courte période où il a été coordonnateur du SMOCE, il a démontré ses qualités de chef.  Nicola rencontre ses objectifs régulièrement.  Quand nous lui confions une tâche spéciale, il a le souci de la mener à bien.

Son travail consiste en ceci : « Promouvoir les programmes et les services, représenter la direction, fournir la documentation nécessaire aux conseillers avant les visites aux employeurs, promouvoir les services de placement, trouver les débouchés aux clients, renseigner les
employeurs sur les cours visant à l’acquisition des compétences exigées et sur les clients qui seront bientôt diplômés, présenter le système de prestation des services de la main-d’oeuvre et informer les employeurs de la législation ouvrière.  Se tenir au courant de la situation locale du marché du travail en rencontrant les employeurs ou les groupes d’employeurs, analyser les rapports des entreprises, entretenir des relations avec d’autres organismes du gouvernement, représenter le CMC aux réunions syndicales/patronales.  Conseiller les employeurs sur les solutions à apporter sur certains problèmes, donner les renseignements sur les programmes et les services du Ministère et les autres organismes fédéraux et provinciaux, comme Les PFIMC, les services consultatifs de la main-d’oeuvre, la planification de la main-d’oeuvre, la mise en compensation et le recrutement à l’étranger, informer les employeurs des fonds et des services d’experts disponibles par l’intermédiaire de certains organismes fédéraux et provinciaux.  Coordonner la prestation des services aux employeurs dispensés par le CMC, c’est-à-dire coordonner l’établissement du calendrier principal des visites, analyser et étudier les activités en cours, veiller à la préparation des rapports, renseigner la direction sur les efforts déployés et sur le domaine où se concentrent
les difficultés.  Communiquer avec les nouveaux employeurs et avec ceux qui sont difficiles à joindre pour recommander une ligne de conduite appropriée garantissant à l’employeur la prestation de tous les services, coordonner la prestation initiale des services, visiter les employeurs qui communiquent difficilement avec le CMC ou créent des problèmes au CMC». 

Mes tâches étaient finalement à la mesure de mes ambitions et de mes capacités; pour  la première fois,  je pouvais donner ma pleine mesure au travail.  Les employeurs le reconnaissaient, comme le jour où un employeur écrivit au Ministre du Travail fédéral, Monsieur Robert Andras pour lui dire sa satisfaction à mon sujet, ce qui me mérita les félicitations du Ministre : « Dear Mr. Franco. 
I was pleased to receive a letter from Mr. M. K. of Collins Inc. expressing his appreciation for the assistance
provided  his company during the past two years..... Your willingness and cooperation contributed greatly to his obtaining retaining personnel to meet his company’s staff requirements during that period.  It is indeed gratifying to receive correspondence from persons who are appreciative of the services we have provided, even though this is done in the normal course of our duties.  Let me congratulate you for a job well done and wish you every success in your career with the Department ».  Mais ma meilleure récompense me venait tous les jours des travailleurs et des employeurs satisfaits, ce qui était en même temps mon meilleur stimulant  pour réussir encore mieux.