AU FIL DE L'EAU

UN AUTRE SOUVENIR : UNE PROMENADE AU FIL DE L’EAU.

 
La vie nous réserve souvent des moments délicieux que nous gardons longtemps en mémoire et ils deviennent des moments  lumineux de nos relations avec nos parents.  Le souvenir que je voudrais évoquer maintenant se situe aussi en 1961, pendant la période estivale.  Les Capucins d’Ottawa, le corps professoral et les étudiants  passaient les deux mois d’été au bord du lac Meech, un magnifique endroit que même les premiers ministres du Canada avaient adopté pour recevoir les visiteurs de haut rang.  Le lac était entouré de jolies collines qui se reflétaient dans une eau limpide et profonde, propice à la pêche.

Nous n’avions pas de facilités sophistiquées, au contraire.  Chaque moine habitait une petite cabane en bois de huit pieds par huit pieds, sans aucune isolation; pour les repas, nous avions construit une salle commune, d’une extrême simplicité; pour continuer notre
vie spirituelle, nous avions comme refuge une chapelle en bois.  Notre quotidien ressemblait plus à du camping qu’à autre chose.  Mais cette vie de plein air nous permettait de récupérer après l’année scolaire, tout en favorisant une intense vie intérieure.

Or un jour, je vis arriver une chaloupe motorisée  qui traversait le lac et se  dirigeait vers nos bâtiments. Devinez!  Je n’en croyais pas mes yeux!  C’étaient mes parents, accompagnés d’un ou deux religieux qui venaient me rendre visite.  Quelle ne fut ma surprise!  Comment ma mère qui craignait terriblement l’eau avait-elle pu accepter de traverser le lac, passablement agité ce jour-là!  Vous ne le croirez pas, mais ils acceptèrent  de passer quelques jours avec nous en logeant dans l’une de nos cabanes rustiques.

 Le jour suivant, en fin d’après-midi, je les ai invités à faire une excursion en chaloupe, en longeant le rivage, pour leur permettre de découvrir la nature.  C’était magnifique!  Le ciel était d’un bleu éclatant, le lac aussi calme qu’une mer d’huile et le seul bruit : celui de mes rames et des oiseaux.  Après une demi–heure,  je parvins à la hauteur d’un rocher facile d ’accès et propice à la détente.  Nous descendîmes pour jouir des lieux et pour pique-niquer en même temps. Je leur réservais une surprise. Ils s’en rendirent compte seulement quand il me virent allumer le feu et me voir m’activer pour préparer le repas.  Trente minutes plus tard, j’étendis une nappe à même le rocher et nous nous sommes mis à savourer un délicieux spaghetti à la sauce « marinara ».  Je me souviens encore du plaisir que j’ai lu sur leur visage, en cette fin de journée. Comme quoi je venais de créer pour eux un moment de pur bonheur.