CAPODANNO

AU FIL DES MOIS.1er janvier : Capodanno.

Dans un petit village comme le mien, les gens vivent au rythme des saisons.  Les événements sont vécus simplement et intensément. La famille et la communauté, respectueuses des traditions, se font un plaisir de mettre tout en oeuvre pour réussir les célébrations annuelles.

Le jour de l’an était surtout une rencontre familiale.  Les gens vivaient  cette fête comme un cadeau du ciel . Une angoisse profonde les rendait reconnaissants d’être arrivés jusque là; mais la même angoisse les motivait à fêter pour se souhaiter le meilleur pendant l’année à venir.  Cette même angoisse les amenait à se montrer très généreux envers les plus pauvres et les gens dans la solitude.

Le jour de l’an me rappelle la grande pauvreté de ma famille;  une pauvreté accentuée par l’absence fréquente de mon père.  Notre refuge pour échapper à la tristesse, c’était la famille Forcione avec qui nous avions des liens de sang du côté de mon grand-père maternel.  Quelques heures avant minuit, nous nous rendions chez les Forcione et, pendant ces heures pleines de mystère, nous partagions les joies d’être ensemble et les plaisirs de la table.  Je revois encore ma tante s’affairer autour de la cheminée et mon oncle descendre souvent dans sa cave chercher ses cuvées de l’année.  Un souhait qui revenait souvent, sur l’heure de minuit, c’était que nous puissions revoir mon père revenir vivant du champ de
bataille.  Cette soirée chez les Forcione redonnait surtout espoir et courage à ma pauvre mère qui portait tout le poids de la pauvreté et de la solitude.