TROIS MILES PIEDS SOUS TERRE

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Pas un jour ne s’écoulait sans que je ne voie des mineurs rentrer chez eux.   Ils étaient tellement poussiéreux et épuisés de fatigue qu’ils étaient méconnaissables. Très souvent, ils sortaient de la noirceur des galeries pour se retrouver dans la nuit des rues de leur quartier.  J ’essayais d’imaginer leur vie dans les profondeurs de la terre, au milieu de la poussière et du bruit des équipements lourds.  Je m’attristais quand j’apprenais que des mineurs avaient été blessés ou que l’un d’eux avait perdu la vie au fond d’une mine.  Du reste, je connaissais mieux qu’eux-mêmes leurs enfants et leur famille.  À en juger par la  manière avec laquelle leurs enfants étaient habillés, ou par le nombre de familles de la paroisse vivant dans la pauvreté, j’en concluais que leurs salaires suffisaient à peine à leur  procurer l’essentiel.  Quand je les voyais à l ’église, bien endimanchés, je pouvais lire encore les traces d’épuisement sur  leurs visages.

Pour connaître leur vie de travail et en savoir plus sur ce qui se passait dans le sous-sol de la ville, je fis des démarches pour  visiter une mine.  Le jour où je me rendis aux bureaux de la compagnie minière, je n’étais pas seul, puisque les visites s ’effectuaient par petits groupes, et en compagnie de guides expérimentés.  Il m’était difficile d’ignorer l’anxiété m’envahissant face à l’inconnu.  Comme tous les autres visiteurs, j’ai endossé la combinaison de mineur, j’ai attaché fermement le casque de sécurité sous mon menton et je suis rentré dans la cage d’ascenseur. 

L’opérateur tira sur la barrière métallique ajourée et nous commençâmes la descente.  Une lumière pâle éclairait à peine la cage, et cela me permettait de voir que nous frôlions le roc humide.  En même temps, je percevais une sensation étrange due à la chaleur et à la raréfaction de l ’oxygène.  2000 pieds : nous étions rendus dans une vaste galerie;  ici,  je respirais mieux, car les galeries étaient aérées.  En suivant le guide pendant une heure entière, nous apprîmes tout sur le sous-sol, sur les équipements et sur le travail des mineurs.  J’en ai vus aussi à l’oeuvre dans les galeries, conduisant  des chariots motorisés plein de roc riche du précieux métal;  j’en ai vus qui opéraient des foreuses puissantes grugeant le roc comme  une faucheuse dévore un champ de blé.  Les ouvriers autour de moi s’affairaient comme des fourmis dans une fourmilière. 

Après deux heures de visite qui me parurent du reste interminables, je compris que le travail de mineur est un travail d’une race d’hommes courageux.  J’ai compris que seul peut descendre dans le ventre de la terre celui qui est conscient que, comme sur un champ de bataille, il faut être toujours prêt à y laisser sa vie.  À partir du jour de ma visite à la mine, je ne regardais plus les mineurs de ma paroisse comme auparavant, mais je les considérais
comme des surhommes.